Le projet Kera Co-Op city, prend racine sous l’idée d’un phasage, soit le renouvellement urbain sous différente phase afin de répondre à plusieurs objectifs et ce à chacune des étapes.

 

D’abord, le renouvellement urbain est une forme d'évolution de la ville qui désigne l'action de reconstruction de la ville sur elle-même et de recyclage de ses ressources bâties et foncières. Il a pour but principal de limiter en surface l’étalement urbain en valorisant l’habitat dense concentré, notamment pour diminuer l’empreinte écologique des habitats. La ville peut être renouvelée sur des quartiers anciens (logements vacants ou logements insalubres, commerces, bâti industriel, équipements, etc.), mais aussi sur des zones industrielles ou des friches industrielles.

 

Dans le cas présent, il s’agit d’un renouvellement urbain sur une ancienne zone industrielle, celui-ci s’effectue en plusieurs phases échelonnées sur une période d’environ 12 ans. Cette méthode s’inscrit dans une pensée résiliente, par l’alliage et l’intégration du niveau social, économique et écologique à chacune des décisions prises au travers du projet.

Vision à long terme 

Phase 1 - 2018

En premier lieu, le renouvellement du site met l’accent sur la mise en place de lieu identitaire pour la communauté. Ainsi, l’idée est de restaurer et réutiliser certains éléments industriels en tant que repère visuel, créant ainsi cette identité propre au quartier. Cette notion prend appui tant dans le concept de lisibilité de Bentley que dans la théorie du TOD, qui a pour but de valoriser le caractère unique d’un lieu par la mise en valeur du patrimoine. De ce fait, la première étape du projet a été de transformer le point de repère le plus marquant du site, situé à proximité de l’entrée de la station de train. Celui-ci qu’on nomme ‘the ball’ est illuminé et on y crée une place publique. Par la suite, il y a la création d’un corridor vert au centre de l’îlot, un jardin central, des marchés temporaires, les changements de fonctions des différents bâtiments industriels présent sur le site, soit en lieu sportif, de grands évènements ou même de restauration.

La deuxième phase est un mélange entre l’ancien tissu industrielle et les nouvelles constructions mixtes, on qualifie celle-ci de banc d’essai pour une construction intelligente, en fait le but n’est pas nécessairement d’avoir un plan fixe dans le temps, il peut y avoir des modifications, des changements sur le types de bâtiments ou le type d’espace que l’on va construire et ce en fonction des demandes de la communauté. Des logements expérimentaux font leur entrée, en plus de blocs hybride incluant différents services, des logements et des bureaux. Par la suite, il y a également la création d’un deuxième passage souterrain vers le nord afin d’assurer la connectivité avec le quartier voisin.

Phase 2 - 2025

Finalement, la troisième phase qui en arrive à un réseaux dense de place public comme catalyseur de l’esprit communautaire. Beaucoup de nouveau logements sont construit, une serre annuelle en cœur d’îlot, ainsi que l’aménagement de nouveaux parcs permanent. La connexion aux quartiers avoisinants s’accentue et se complète de sorte à ce qu’on accède à ceux-ci en 20 minutes de marche. En définitive, il s’agit d’un cadre de vie multifonctionnel à forte densité où l’économie de partage est mise en avant plan et ce à plusieurs échelles, créant un lieu où tout est facilement accessible.

Phase 3 - 2030

Aménagement 

La forme urbaine peut être définie comme le rapport entre l’occupation humaine et l’aménagement effectué à différentes échelles. Elle se reflète dans les modes d’habiter qu’elle génère et se caractérise selon divers éléments, notamment le tissu urbain, le cadre bâti, la densité et la compacité, puis finalement la façon de distribuer les services et équipements. 

 
 

Le concept de perméabilité amené par Bentley traite la mobilité selon le nombre d’alternatives offertes à l’usager dans le tissu urbain (Bentley, 1985). Cette notion d’accessibilité peut se lire à différentes échelles, notamment par les connexions qui relient le site aux quartiers voisins, mais également à son environnement immédiat. À cela s’ajoute la notion de variété, qui se qualifie comme une diversité d’expériences, impliquant des lieux aux formes variée, une mixité des fonctions et de significations, facilitant l’orientation de l’usager dans le milieu (Bentley, 1985).

Mobilité 

 

Mobilité 

Le concept de robustesse amené par Bentley et le principe de résilience lié à l’économie de partage traite considère les espaces publics de la même façon, soit comme des espaces sociaux et flexibles devant être conçus pour permettre différentes utilisations. L’économie de partage ajoute cependant à cette notion des principes environnementaux ; les espaces devant être conçus pour s’adapter aux besoins humains d’une part, mais aussi au climat afin de préserver la biodiversité. Dans l’idée de créer un environnement basé sur de nouvelles relations d’échanges entre les citoyens, le design de l’espace public est primordial afin d’assurer sa fréquentation et son appropriation.

Espaces verts

Afin d’assurer un déplacement facile des usagers, le projet de Kera Co-Op city mise sur la hiérarchisation des densités urbaines, tant dans le système viaire que bâti. Ceci se rattache au concept de lisibilité amené par Bentley, où la compréhension spatiale et l’espace public facilitent les déplacements au sein du quartier (Bentley, 1985). L’équipe de conception a ainsi imaginé un quartier dit  marchable, où le piéton est projeté au premier plan. Pour se faire, il y a la création de mobility hub en périphérie du site, ceux-ci sont des stationnements partagés où on peut non seulement mettre sa voiture, mais également participer au programme de partage de celle-ci. Ces mobility hub permettent d’exclure les voitures au cœur du quartier et ainsi offrir un centre où le déplacement actif règne (marche, patin, vélo). Un réseau vert allié à des places public est également pensée, ce qui permet d’accompagner le piéton tout le long de son parcours, mais également d’offrir une variété des lieux franchis, agrémentant par le fait même l’expérience du marcheur.

 

«A walkable urban neighborhood is essentially about orchestrating the pedestrian flows» (Booklet Kera Co-Op City, 2016)

Déplacement doux

Connectivité des quartiers

La théorie du TOD met de l’avant un quartier caractérisé par une forte densité juxtaposé à une mixité des fonctions, et ce toujours en connexion avec les quartiers environnant via diverses options de transports, soit la marche, le vélo, le bus, le train ou la voiture (Vivre en ville, n-d). Dans le projet Kera Co-Op city, le système viaire inspirer des quartiers voisins offre des vues profondes au cœur du projet et assure la connectivité avec ceux-ci tant visuellement que physiquement. Malgré la présence de différentes barrières urbaines au pourtour Nord et Est du site, l’aménagement de passage souterrain a été pensé et ainsi la perméabilité est assurée. La subdivision  du quartier en plus petits îlots a également un grand rôle à jouer dans cette perméabilité, par le fait qu’il y ait beaucoup plus d’opportunités de connexion et ce tout le long de la périphérie du site(Bentley, 1985). De plus, cette trame rectiligne juxtaposée aux trajets directs ajoute à la lisibilité du quartier en plus d’assurer la perméabilité du tissu.   

Géographiquement, Kera convient parfaitement pour un 20 minute neighborhood et ce à grande échelle. En effet, il est possible de parcourir le site même du projet en 20 minutes de marche, mais également d’atteindre le centre ville d’Helsinki ou même d’Espoo en 20 minutes de train. De plus, les quartiers voisins sont facilement accessibles en 20 minutes à vélo. La situation géographique combiné à un aménagement urbain intelligent en relation avec son environnement fait de ce projet un lieu stratégique s’inscrivant tout à fait dans l’univers du TOD, mais aussi dans la pensé résiliente de l’économie de partage. En effet, les infrastructures tant à l’échelle micro que macro sont pensés en fonction d’un déplacement simple et fluide du point A au point B et ce en favorisant les échanges entre l’usager et son environnement.

Connectivité des quartiers

La saison hivernale vient ajouter une couche de complexité dans la conception d’un projet d’une ville dite nordique. Le niveau de marchabilité étant au centre des préoccupations du projet ; comment peut-on le prendre en compte dans la manière de concevoir ? D’ordre général dans le projet, la densité d’habitation, la diversité des activités et le design du tissu urbain permettent de réduire les distances et offrir une expérience stimulante aux piétons. Il est certain que le froid, la glace, et le facteur vent amènent des inconforts pour toute personne s’aventurant dans l’espace public. Ainsi, quelques points clés visant l’amélioration du confort des piétons sont à prendre en compte, soit maximiser l’ensoleillement des espaces public, minimiser les couloirs de vent par l’encadrement et concevoir des trottoirs et des rues qui drainent l’eau et la sloche en dehors des parcours piétons (Vivre en ville, n-d). Dans le projet, cela prend forme avec les green and blue tools, offrant des parcours piétons vert résilients aux éléments climatiques.

Pensons : hiver

 

Analyse urbaine

Phasage

Image par les auteurs 

© B & M Architects

Bien que dans les quartiers avoisinants on retrouve une grande diversité de typologie d’habitation passant par le walk-up de plusieurs étages à la maison unifamiliale, le projet Kera Co-Op City propose une toute nouvelle façon de vivre. Il propose une subdivision du site en plusieurs îlots à l’échelle humaine ayant donc l’apparence de microquartiers. De cette cohabitation découle ainsi une identité communautaire forte et qui favorise l’économie de partage, entre autres par l’extension du logis vers des espaces communs partagés semi-publics pour une vie collective vivante. De cette façon, les logements peuvent être de taille plus petite puisque plusieurs services et espaces partagés sont prévus à même le bloc tel que des ateliers de bricolage, de buanderie et même des espaces soutenant des évènements tels que des grands salons. Kera Co-Op City mise sur l’optimisation des ressources locales, sur le partage des espaces de services et des moyens de transport tel que les mobility hub disposé à trois endroits stratégiques. Ces trois principes s’inscrivent dans une vision d’économie de partage et répondent à l’objectif premier du projet soit de créer une économie circulaire au sein du quartier.

 

Pour Bentley, la création de blocs est un des critères les plus importants afin de rendre le tissu perméable. Cependant, bien que la perméabilité soit la qualité première d’un projet urbain, celle-ci n’est pas pertinente sans variété. (Bentley, 1985) Celle-ci se traduit, par la grande mixité des fonctions dans le tissu urbain au sein d’un même îlot, mais également à l’échelle du quartier. Ainsi, la localisation stratégique des différentes fonctions au sein du quartier tel que les lieux de récréation publics, les commerces et les équipements est importante. Étant situé sur les axes piétonniers principaux, cela permet une meilleure accessibilité, mais contribue aussi à une meilleure lisibilité au sein du quartier. On constate également que chaque façade de bâtiment à une adresse sur rue ce qui assure une distinction claire entre les espaces privés et publics en plus d’accentué la compréhension du tissu urbain.

Microquartiers pour une meilleure mixité 

Les différentes formes et dimensions des bâtiments sont également un autre aspect de la variété à prendre en considération. Dans le projet de Kera Co-Op City nous allons plutôt parler de gabarit.

 

Le gabarit des bâtiments a été longuement réfléchi dans le projet, on remarque une différence de taille de bâtie dans les gabarits des îlots. Ce principe de hiérarchisation des  densités urbaines est une caractéristique propre inspirée du TOD. Planifier les occupations plus denses à proximité du pôle de transport collectif et plus on s’éloigne du pôle plus le gabarit des occupations diminue. Dans le présent projet, deux artères importantes de circulations sont présentent, c’est pourquoi les bâtiments de plus grandes envergures sont situés au nord du site soit aux  abords de la voie ferrée et à l’est le long d’une grande autoroute. La massivité des bâtiments proposés offre alors un meilleur encadrement visuel le long de ses axes en plus d’agir comme une barrière sonore aux nouveaux quartiers. Au sud du développement, des petites maisons expérimentales sont proposées en intégrant la même trame urbaine que le tissu voisin de façon à unifier le développement et offrir une grande diversité de logements à même le projet.

 

Selon Bentley, cette diversité des gabarits facilite beaucoup la lisibilité du lieu (Bentley, 1985). Pour l’occupant il est donc plus facile de se faire une carte mentale du quartier puisque celui-ci peut se créer des repères visuels tels que la dimension et la forme des bâtiments qui sont tous très  singuliers les uns par rapport aux autres.   

Les gabarits du bâti 

Quant au climat nordique, la disposition du bâtiment sous forme d’îlot crée un microclimat au sein des unités. En analysant le projet dans sa forme et ses gabarits, on remarque une compacité importante ainsi que des hauteurs de bâtiment constant. C’est deux qualités selon vivre en ville permettent de minimiser les couloirs de vents et empêcher que celui-ci se rabatte dans les espaces publics ce qui améliore grandement le confort des occupants. (Vivre en ville, n.d) Ainsi, les espaces communs extérieurs sont protégés des vents et donc plus favorables aux activités hivernales ce qui prolonge l’utilisation de ses lieux.

Des bâtiments pour se protéger du vent 

Image par les auteurs

Image par les auteurs

Image par les auteurs

Afin d’assurer une utilisation intensive de l’espace public central, un réseau de connexion varié est nécessaire. L’équipe a donc assuré sa perméabilité par la création d’un réseau d’espace vert relié entre eux et à l’espace public central par des corridors verts piétonniers. Les espaces plantés, comme l’explique Bentley, apportent richesse et variété à l’espace public grâce aux rythmes donnés par les arbres le long du parcours et par la richesse visuelle et olfactive donnés par le feuillage des différentes variétés plantées. Ces coulées vertes  en plus d’assurer la perméabilité du quartier vers les quartiers voisins contribuent à la protection de la biodiversité puisque la connectivité du paysage permet la migration et le déplacement des organismes vivants sur le territoire (Azizul,2013).

Connecter le paysage

Offrir des opportunités 

Une position stratégique ne suffit pas à attirer les visiteurs à investir la place. L’espace pour être invitant et agréable doit être conçu en fonction des capacités visuelles des êtres humains. Comme l’explique Jan Gehl, en raison de l’horizontalité de notre champ de vision il est nécessaire de porter une attention particulière aux rez-de-chaussée des bâtiments. On peut constater que dans le projet à l’étude, un langage différent à été adopté à cet étage, offrant des espaces plus vastes et plus ouverts connectés à l’espace public. Cependant, en prenant en considération le contexte hivernal dans lequel le projet s’implante, il aurait été intéressant d’ajouter robustesse et variété à cette bordure, notamment par un jeu de plein et de vide, afin d’augmenter les opportunités d’appropriation et de créer des alcôves de différentes dimensions permettant de protéger les passants des vents et des intempéries.

 

Une mixité des usages, agençant stratégiquement usages primaires et secondaires, afin que lors de la marche vers le lieu de travail par exemple plusieurs petits commerces ponctuent la route. Ceci amène une temporalité à l’espace et de prolonge la présence des visiteurs sur l’espace public. En plus de l’importance accordée à la bordure, il est important, dans un grand parc central entièrement piéton comme celui de Kera, d’offrir des opportunités d’appropriation au centre de la place. L’équipe a répondu à ce critère notamment grâce à des aménagements paysagers, un terrain de sport et des pavillons 4 saisons pouvant accueillir des événements de toute sorte.

 

Finalement, considérant que l’achalandage des espaces publics diminue considérablement lorsque la température descend sous 10°C, il est essentiel, surtout pour un pays comme la Finlande, de positionner et d’encadrer l’espace public de manière à bloquer les vents et à assurer un ensoleillement maximal. L’homogénéité de la hauteur des bâtiments au pourtour de l’espace public permet ainsi de réduire les risques de captation et d’infiltration des vents au cœur du développement. De plus, la largeur du parc central, comme il est possible de le voir sur les analyses, assure l’ensoleillement d’espace extérieur généreux et ce à tout moment de la journée (Vivre en ville, s.d.).

«Laisser la nature faire le travail»

L’économie de partage consiste notamment à utiliser à leur pleine capacité les potentiels dormant du territoire. Grâce à l’implantation de mobility hub tel que mentionné plus haut, il est possible d’exclure les voitures du cœur du quartier et ainsi profiter des services gratuits offerts par la nature. En effet, l’absence des automobiles rend possible la présence d’un sol perméable sur près de 75% du développement ce qui permet une gestion naturelle des eaux de ruissellement, notamment au printemps lors de la fonte des neiges, en plus d’une stratégie passive pour contrer les îlots de chaleurs.

 

Laisser la nature faire le travail est une stratégie efficace et montrant un bon niveau de robustesse pour un pays nordique comme la Finlande qui, en raison des changements climatiques, verra sa quantité de précipitations augmentée considérablement.  

© B & M Architects

© B & M Architects

Image par les auteurs

Hiérarchie des mobilités

Mixité et fonctions 

Microquartier 

Gabarits

Image par les auteurs

Design Urbain Université Laval 

Marie-Jeanne Allaire-Côté | Julie Bradette | Véronique Rivest | Audrey Turcotte 

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